Mardi 1 mai
À mon réveil, je fais ce que dois sur internet et je reprends la route.
La cohabitation entre les différentes variétés de déserts et les différents types de montagnes est absolument incroyable tout au long de la route de la vallée de la mort. Hélas, les photos ne rendent absolument pas justice à la ‘grandiosité’ des paysages.
Au revoir Californie ! Tu me laisses avec un mixte feeling.
Je m’approche de Las Vegas et je m’installe un peu avant Red Rock Canyon dans un endroit semi-aménagé – un peu comme les BLM. Très bel endroit parmi les très beaux et grands red tree.
Mercredi 2 mai
Je passe à travers le Red Rock Canyon et je fais quelques stops ici et là et c’est une fois de plus magnifique.
Comme la strip et le casino ne m’interpellent pas du tout, je me demande si j’arrête à Vegas ou si je passe tout droit, mais mon envie de socialiser gagne et je fais quelques demandes de couchsurfing.
Marija accepte ma demande et je découvre une fois de plus une personne plus que géniale: une biologiste canadienne/serbe qui parle français, qui vit à Vegas depuis 10 ans et qui fait du Yoga et de la méditation presque quotidiennement, trop bien !
Ensemble, nous allons rejoindre un ami couchsurfer pour écouter les Golden Knight contre les Shark chez Hooters. Je ne pensais jamais mettre les pieds là, mais bon, pour socialiser, pourquoi pas!
Jeudi 3 mai
Marija m’invite à faire un trek qui nécessitera des raquettes en montagne avec des amis. Je me dis qu’à Vegas, ils ne s’y connaissent pas trop en neige alors les raquettes ne seront probablement. pas vraiment nécessaires et j’accepte.
Je ne pouvais pas plus me tromper ! Ce sont des pros et les raquettes, les crampons et même les piolets ont été nécessaires pour monter 500 mètres, parfois très à pique, jusqu’à une altitude de 3500 mètres. Quelle aventure!
Vendred 4 mai
Je débute la journée avec Marrija par une méditation d’une heure dans un temple bouddhiste thaïlandais et je la termine avec elle au ‘First Friday’ dans le quartier artistique de Vegas où toutes les galeries sont ouvertes et où il y a plein de food trucks. On se promène et Marija croise des tonnes de gens qu’elle connait, excellente soirée.
Samedi 5 mai
Marija et deux des ses amies, Rachel et Joy, vont faire de l’escalade dans les Red Rock et je me joins à elles pour passer la journée dehors et pour voir comment ça se passe, mais je reste bien sûr en bas de la paroi. Une fois les girls descendues, on prend un petit sentier pour retourner à la voiture, je glisse, j’essaie de ne pas tomber, j’entends un ‘KRRRAKK’ provenir de ma jambe gauche, je tombe, je souffre et je regarde mon genou qui a décidé de prendre une forme bien étrange. Je réussis tant bien que mal à déplier ma jambe en espérant un autre qui ‘KRAKK’ qui redonnerais à mon genou sa forme initiale, mais la rotule a la tête dure et ne semble pas vouloir retourner en place. Comme ça me fait terriblement souffrir lorsque je plie ma jambe et que je force (même très peu), je dois me faire aider par mes compagnes (ça pourrait être pire) et par deux bons samaritains qui sont venus à la rescousse (moins plaisant, mais plus rapide). Marija m’accompagne à une première clinique qui ne peut rien faire, à une deuxième où on m’y fait une radio et le doc y voit… roulement de tambours… une fracture de la rotule !!!
“What ?!? But doctor, I fell on my back !!!”
Il m’immobilise la jambe avec un harnais et je dois voir un chirurgien orthopédique en début de semaine pour déterminer la prochaine étape.
Les podcasts sur la ‘Zenitude’ que j’ai écoutée sur la route m’ont appris que peu importe ce qui arrive, ‘All is well’. Notre petit ‘JE’ peux être froissé à l’occasion, mais rien de positif ne ressortira de ces frustrations égocentriques et, sans dire que tout arrive pour une raison, en gardant le moral, on a la force de ‘spinner’ toutes les circonstances de façon positive (bon! bon! désolé de ce petit passage moralisateur, c’est ce que ça me fait d’être sur la route seul si longtemps)
Dimanche 6 mai
En me levant, je fais l’essai de conduire Euphémionne avec ma jambe gauche droite… – (ma “jambe gauche” droite, ça va?) et aller faire quelques achats seul (une paire de short lousse, un sac pour la glace et une bandage pour le retenir) afin de savoir s’il est possible de considérer la suite du voyage dans cet état – “All is well”.
En fait c’est assez drôle parce qu’avec les béquilles, je marche très lentement parmis plein de gens qui marchent super vite, c’est un peu comme Euphémionne sur l’autoroute! C’est peut être elle qui m’a lancer ce sort ? Ça me fait réaliser que je m’adapte très très biens à la lenteur, merci Euphémionne !
Je passe le reste de la journée, couché la jambe en l’air avec de la glace sur mon genou et, comme les ados, j’écoute des vidéos. Par contre, plutôt que des vidéos vides cerveaux, j’ai écouté Robert Thurman, le père d’Umma, qui est le premier moine bouddhiste de nationalité nord-américaine. Belle découverte, car c’est un personnage très intéressant !
Lundi 7 mai
J’appelle le matin aussitôt que la clinique ouvre et on me dit que le prochain rendez-vous possible est mercredi. “Merde !!!” J’explique ma situation et après un peu d’hésitation, elle me dit que ce serait possible mardi. J’accepte et je donne mes informations pour terminer par un mielleux: “N’y aurait-il vraiment moyen de passer aujourd’hui ?” Elle me met sur le “hold” et me reviens, c’est OK pour 10h45 ! “Yesssssir Riiiderrrr !”
Je vais chercher ma radiographie à l’hôpital et je me rends à la clinique où il faut payer $450 upfront… Après avoir parlé à l’infirmière, un doc tatoué de partout vient me dire qu’il n’y a pas de fracture et repart. Je peux donc reprendre la route avec le harnais et me rendre à Montréal.
Fais bizarre: aucun des trois docteurs que j’ai vus n’a touché ni même regardé mon genou…
Dans tous les cas, c’est le bonheur, je pars la jambe gauche droite, je fais faire un changement d’huile à Euphémionne, je fais mes adieux à la trop gentille Marija et je quitte Végas pour continuer mon chemin.
En quittant Las Vegas, je me dirige directement vers le parc National Zion. Oui, oui je sais, j’aurais dû aller voir le Grand Canyon, mais je me garde le plaisir pour une prochaine fois.
Je traverse un désert où il fait “freaking” chaud et au moment où Galarneau se couche, les montagnes du parc Zion m’accueillent de loin, mais comme je ne les rejoins qu’à la noirceur, je me trouve un petit spot dans un BLM juste à leurs pieds. Je fais une première exception à mes règles de solitaire et je m’ouvre quelques bières.
Mardi 8 mai
Comme mon genou n’est pas intéressé à faire des efforts et que mon sac de glace ne veut pas fondre prématurément, je passe à travers le parc Zion en voiture. Chaque tournant prend un malin plaisir à révéler un nouveau paysage qui lui, s’accapare sans scrupule de mon souffle. Je poursuis tranquillement mon parcours entre les déserts et les montagnes qui s’échangent les rôles. À la noirceur, je me trouve un petit resto de Burritos qui accepte que je me stationne overnight et utilise son wifi en échange d’une salade Burritos végétarienne de $5 – premier “restaurant” solo de mon périple.
Mercredi 9 mai
Je passe à travers le parc des Arches où la nature fait un monumental pied de nez à tous les sculpteurs de pierres qui ne sont qu’une seconde à l’âge de Gaïa.
C’est plus fort que moi, je dois m’arrêter pour prendre des photos malgré la difficulté de me promener en béquilles sur des galets de pierre ensablés (sol très similaire à celui qui m’a fait chuter quelques jours auparavant).
Après quelques arrêts et quelques photos, Euphéminonne, la route et la solitude se mettent ensemble pour me demander pourquoi je prends des photos de paysage.
– Ben! pour immortaliser mes souvenirs !
– Vraiment ? m’ont-elles répondu en cœur ! Tu vas vraiment regarder ces photos-là plus tard ?
– Mmh! Pas vraiment non… Alors euh! pour celles et ceux qui me suivent sur le blogue ?
– T’es pas sérieux ? Si elles/ils veulent vraiment voir de belles photos du parc des Arches, elles/ils n’ont qu’à cliquer ici
– Ouais ! c’est vrai! j’sais pas, pour prouver que j’y ai été ? … pour montrer que l’application de mon cell peut prendre des photos pas si mal ? … parce que tout le monde le fait ? … parce que ça prend de l’espace sur mon cell ?
Je continue donc la route en prenant un peu moins de photos des paysages incroyables que je croise et les quelques fois que je succombe, j’accepte que ce ne soit que pour le plaisir éphémère que le déclic de mon application me procure.
Je décide de pousser Euphémionne jusqu’au Colorado où je crois avoir trouvé un bel endroit pour passer la nuit, mais les montagnes à franchir font naitre une inquiétude qui devient proportionnelle avec la distance entre Euphémionne et le niveau de la mer. Lentement, très lentement, sur la voix de droite d’une autoroute et protégé par les clignotants d’urgence, nous nous approchons du dit bel endroit, mais nous nous éloignons de la chaleur. À moins d’un kilomètre de l’arrivée, à 10 000 pieds d’altitude et en plein milieu d’une petite route, un gentil banc de neige nous fait un pied de nez. Transi, je m’arrête, je m’habille, je mets des bas dans mes sandales (je ne sais trop comment je vais mettre un soulier dans ce pied de jambe gauche droite) et je demande à Euphémionne de continuer le chemin en espérant descendre et retrouver un peu de chaleur. Le problème c’est que chaque descente est suivie d’une remontée qui se rit de nous. C’est finalement Denver qui nous accueille très tard de l’autre côté des montagnes et je nous repose pour la nuit dans le stationnement d’un Cracker Barrel en compagnie d’autres van/RV.
Jeudi 10 mai
Rendu à Denver, je fais la rencontre d’un joli petit café qui m’invite à déjeuner et, étant donné ma jambe gauche-droite, je délaisse l’environnement enveloppant, mais quelque peu contraignant d’Euphémionne. Dans toute sa sagesse, le bonheur d’Euphémionne ne dépend pas de ma présence et comme elle est heureuse de me savoir bien, elle ne m’en veut pas de l’avoir délaissé temporairement.
Ensuite je trouve une chambre d’hôtel non loin de l’aéroport, car Karynn, la magnifique femme qui m’a si gentiment hébergé quelques jours en Californie, a décidé de venir visiter le Colorado avec moi pendant la fin de semaine et elle arrive très tard en soirée.
Rendu dans la chambre, je relève le défi de faire une suite d’opérations délicates afin de prendre un bain suivi d’une douche sans jamais utiliser un seul des muscles de mon genou gauche qui fait du zèle d’apathie. Ce faisant, j’aperçois des traces sous-cutanées rouges et bleues au niveau du mollet ce qui indique qu’il y a eu ruptures / déchirures internes et j’entends les murmures d’une opération du genou qui semble vouloir s’imposer rendu à Montréal… All is well !
J’accueille Karynn à l’aéroport et après avoir manqué la navette de l’hôtel à plusieurs reprises, on prend un Uber vers 2AM…
Vendredi 11 mai
On se dirige tranquillement vers Colorado Spring où un AirBnB nous attend. On réalise que le quartier n’est pas top, mais c’est tout de même une petite cabane bien aménagée à l’arrière d’une demeure.
Nous allons au bureau de USA Volleyball, pour qui Karynn travaille, et on y fait la rencontre de ses super collègues (dont plusieurs jamais rencontrés en personne) pour ensuite aller souper accompagnée d’eux.
Samedi 12 mai
Après un bon déjeuner dans le vieux Colorado, on “visite” les très belle roches et montagnes du Garden of the Gods sans débarquer d’Euphémionne et on tente d’aller voir le fameux sentier “Incline” qui a une dénivellation de 600 mètres sur à peu près 1.5 kilomètre. On avait l’idée de le faire, mais disons que ma jambe gauche-droite a changé nos projets.
Ensuite on décide de remonter tranquillement vers Denver et Google nous fait passer par un chemin de terre de près d’une centaine de kilomètres à travers montagnes et forêt nationales. Des vues superbes nous accompagnent tout au long de notre route.
Il y a plusieurs spots de camping sauvage en chemin et en prenant une petite route pour sélectionner l’endroit, on arrive dans un cul-de-sac ou plusieurs jeunes se sont installés. Ils nous invitent à rester avec eux, nous offrent bières et poulet cuit sur le feu. Je prends la bière, mais refuse le reste et au moment de partir, Euphémionne refuse. Je regarde son cœur, joue un peu avec ses artères, vérifie que tout est à la bonne place et je lui redemande gentiment. Elle fait la tête dure, mais à force d’insister, elle abdique et nous mène dans un beau petit spot de camping non loin de là. On est à plus de 10 000 pieds d’altitude et même si on est complètement gelé, le beat est bon.
Dimanche 13 mai
On continue notre route à travers le parc national qui se transforme tristement en pays de motocross. Vers la fin de la journée, on se trouve une place de camping dans un parc national tout près de Denver où il fait beaucoup plus chaud.
Lundi 14 mai
On entre dans Denver et allons faire la file au fameux “Voodoo Doughnut”. Après quelques minutes en compagnie de ces beignes beaucoup trop décorés, on ne se sent pas trop bien et, l’estomac léger, nous décidons de les quitter.
Finalement, j’accompagne Karynn à l’aéroport où je quitte une femme formidable, un magnifique esprit vif et libre, mais captif depuis trop d’années. La bonne nouvelle c’est qu’il est en voie de se libérer.
Je reprends la route le cœur gros et me dirige vers Montréal en mode nonstop, je parcours 3000 kilomètres de 7 à 21 tous les jours, nourrie comme un homo sapien par noix, fruits et eau, dormant en mode commando dans les rest area et les Walmart.
Sur la route, je tâte mon genou et je suis assez convaincu que c’est le tendon rotulien qui a lâché – ce qui relie la rotule au tibia. Ce sera trop probablement une opération.
Jeudi 17 mai
Dans le trafic de Montréal, une voiture frappe la fesse droite d’Euphémionne, celle qui n’avait pas de cicatrice. Le chauffeur me fait un signe qu’il est vraiment désolé et je pars à rire. All is well. Je continue la route juste à temps pour aller souper chez Stéphane accompagné de Claude.
Voilà ! C’est ainsi que se termine ce voyage.
La route, les rencontres, la lecture, les podcast, Euphémionne et la solitude m’ont fait réaliser bien de choses et je prendrai probablement le temps de mettre le tout par écrit.
Merci à vous tous qui m’avez suivi et qui m’avez donné blague et feedback.
À la prochaine !